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Compassion : parrainez un poussin ou un enfant riche

30 Octobre 2015 , Rédigé par Aviad Goz & Gérard Rodach

Les médias (et notre entourage) nous invitent à faire preuve de compassion pour les réfugiés, les pauvres, les salariés maltraités par de terribles patrons, …

Mais qu’est-ce que la compassion ?

Selon Matthieu Ricard (auteur de Plaidoyer pour l’altruisme, Pocket) « la compassion est la forme que prend l'amour altruiste lorsqu'il est confronté à la souffrance de l'autre. Pour cela, il faut se sentir concerné par le sort de l'autre, prendre conscience de sa souffrance, souhaiter qu'il en soit guéri, et être prêt à agir en ce sens. Pour engendrer la compassion, imaginons qu'un être cher est, une nuit, victime d'un accident de la route et gît blessé sur le bas-côté, en proie à d'atroces douleurs. Les secours tardent à arriver et nous ne savons que faire. Nous ressentons intensément la souffrance de cet être cher comme si c'était la nôtre, mêlée d'un sentiment d'angoisse et d'impuissance. Cette douleur nous atteint au plus profond de nous-mêmes, au point de devenir insupportable. »

Dans ce contexte, voici deux illustrations :

Li Wei est un jeune artiste chinois (représenté par la A2Z Art Gallery à Paris*). Il présente en ce moment une exposition « Still Nobody Cares - La mort du jouet ». Le tout premier “jouet ” vivant que l’on offre à un enfant, en Chine notamment, est souvent un poussin. “Jouet” de prédilection pour “développer le sentiment de compassion chez l’enfant”. Cependant, le résultat est évident, les poussins meurent les uns après les autres. On les sacrifie aux besoins de l’homme. Pour ce dernier, la mort de son “jouet ” est ce qui est le plus difficile à supporter. Mais, en réalité, personne ne se soucie réellement de celui qui est mort, l’homme ne fait que manifester son mécontentement provoqué par cette impression de voir sa propre vie affectée.

http://www.parrainez.org/a-propos/ est une association canadienne qui traite de la pauvreté relationnelle ; Elle a monté l’année dernière une campagne décalée (vidéo ci-dessus).

Selon les animateurs du site : « On définit la pauvreté relationnelle comme la difficulté grandissante chez les jeunes à établir et maintenir des relations avec le voisinage, le réseau d'amis, la famille intergénérationnelle, etc. Est-il possible que l’enrichissement matériel qu’a connu l’Occident depuis les années 1950 ait généré une pauvreté relationnelle ? Est-ce que la richesse matérielle affaiblit les relations, isole les gens ? Y a-t-il quelque chose que les sociétés "riches" d'Occident peuvent apprendre des sociétés "pauvres" du Sud ? Les réponses à ces questions, c'est au public à les trouver. Notre équipe se contente de lui fournir une plate-forme interactive qui opère des échanges interculturels menant peut-être à des débuts de réponse

Alors, qui est riche ? Qui est pauvre ? Notre compassion est-elle sincère ou une bouée de secours ?

La compassion ne commence-t-elle pas pas une meilleure relation à l’Autre (et à soi-même) ?

* 24 rue de l’Echaudé, 75006 Paris. Exposition Li Wei jusqu’au 7 novembre2015

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Etes-vous un artiste "ready-made" ?

23 Octobre 2015 , Rédigé par Aviad Goz & Gérard Rodach

Etes-vous un artiste "ready-made" ?

Promenade à la Fiac cette semaine. Mon regard a été arrêté par ces affiches. De quoi s’agit-il ? De 1987 à 1993, Philippe Thomas (1951-1995) a proposé aux collectionneurs de s’investir totalement dans un projet artistique qui leur serait livré clé en mains, une œuvre dont ils devenaient les auteurs à part entière et qui les faisaient rejoindre les grands catalogues et les programmations des musées. Les affiches ci-dessus font partie de la campagne de la filiale américaine.

Le texte était alléchant : « Amateur ou professionnel passionné des choses de l’art, collectionneur soucieux de vous investir totalement dans un projet artistique ambitieux, nous avons mis au point, pour vous, un programme[… ] Avec nous, vous trouverez toutes les facilités pour laisser définitivement votre nom associé à une œuvre qui n’aura attendu que vous, et votre signature, pour devenir réalité. Œuvre, dont vous deviendrez l’auteur à part entière, vous fera rejoindre les plus grands aux catalogues et programmations des meilleurs musées, galeries ou collections privées.

Pour être un artiste, vous n’avez pas besoin d’être habile de vos mains, vous n’avez pas besoin d’avoir le sens des couleurs ou de la composition ; vous avez une profonde conscience d’être en vie, vous ressentez une quête de l’intensité et de sens et, vous comprenez que le « ready-made » (« le tout-prêt ») appartient à tout le monde parce que nous sommes nous-mêmes des sujets « ready-made » (« tout construit ») jusqu’à ce que nous rompions ce sort et réinventons la vie. »

Cela m’interpelle à trois titres :

1) La notion relative de droit d’auteur. Qui ne s’est jamais fait piller une idée, un projet, une réalisation par un collègue, un supérieur, un client ? Dans le cas ci-dessus, il s’agit de se servir d’un « nègre » (au sens artistique) pour travailler à sa place. Cela n’est pas nouveau : Alexandre Dumas en a tiré pleinement parti en son temps (qui connaît Auguste Maquet ?) Plein d’auteurs et d’artistes en tous genres le font toujours aujourd’hui.

2) La confusion entre le besoin d’exister (médiatiquement), de laisser sa trace et celui de le faire par procuration. Réussir (au sens médiatique), percer, se faire voir… cela est à la fois une question de talent, de relations et de… chance. Il faut pour cela du temps et de la persévérance. Des valeurs peu valorisées aujourd’hui (d’où l’ironie du « ready-made »).

3) Nous avons chacun un talent. A nous de le découvrir et de le mettre en valeur. Le génie (et nous avons tous une parcelle de génie) a cette particularité que tout ce qu’il fait bien, il le fait facilement. Donc, il ne se rend pas compte qu’il est un génie sur ce plan. Nombre de personnes qui se valorisent ainsi ratent peut-être la mise en valeur de leur vrai talent.

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Les trois chaises

16 Octobre 2015 , Rédigé par Aviad Goz & Gérard Rodach

Les trois chaises

Walden ou la Vie dans les bois (titre original Walden; or, Life in the Woods) est un récit publié en 1854 par l'écrivain américain Henry David Thoreau (1817-1862). Le livre raconte la vie que Thoreau a passée dans une cabane pendant deux ans, deux mois et deux jours, dans la forêt jouxtant l’étang de Walden

Plus d'un siècle plus tard, Walden reste une œuvre phare de la littérature américaine (il est étudié dans les lycéesaux USA). La pensée moderne voit également en Walden le roman de la conscience environnementale. Ici un exemple avec les trois chaises.

J’avais dans ma maison trois chaises : une pour la solitude, deux pour l’amitié, trois pour la société. Lorsque les visiteurs s’en venaient en nombre plus grand et inespéré, il n’y avait pour eux tous que la troisième chaise, mais généralement ils économisaient la place en restant debout. C’est surprenant la quantité de grands hommes et de grandes femmes que contiendra une petite maison. J’ai eu jusqu’à vingt-cinq à trente âmes, avec leurs corps, en même temps sous mon toit, et cependant il nous est arrivé souvent de nous séparer sans nous rendre compte que nous nous étions très rapprochés les uns des autres.

Un inconvénient que, parfois je constatai en une si petite maison, c’était la difficulté d’atteindre à une distance suffisante de mon hôte lorsque nous nous mettions à formuler les grandes pensées en grands mots. Il faut à vos pensées de l’espace pour mettre à pleines voiles, et courir une bordée ou deux avant d’entrer au port. Il faut, avant d’atteindre l’oreille de l’auditeur, que la balle de votre pensée, maîtrisant sa marche latérale et à ricochet, soit entrée dans sa dernière et constante trajectoire, sans quoi elle risque de ressortir par le côté de sa tête pour sillonner de nouveau les airs. En outre, nos phrases demandaient du champ pour, dans l’intervalle, déployer et former leurs colonnes. Les individus, comme les nations, réclament entre eux de convenables bornes, larges et naturelles, voire un terrain neutre considérable… Sommes-nous simplement loquaces et bruyants parleurs, qu’alors nous pouvons supporter de nous tenir tout près l’un de l’autre, côte à côte, et de sentir notre souffle réciproque ; mais le parler est-il réservé, réfléchi, qu’il demande plus de distance entre les interlocuteurs, afin que toutes chaleur et moiteur animales aient chance de s’évaporer. Si nous voulons jouir de la plus intime société avec ce qui en chacun de nous est au-delà, ou au-dessus, d’une interpellation, il nous faut non seulement garder le silence, mais généralement nous tenir à telle distance corporelle l’un de l’autre qu’en aucun cas nous ne nous trouvions dans la possibilité d’entendre notre voix réciproque. Envisagée sous ce rapport la parole n’existe que pour la commodité de ceux qui sont durs d’oreille ; mais il est maintes belles choses que nous ne pouvons dire s’il nous les faut crier. Dès que la conversation commençait à prendre un tour plus élevé et plus grandiloquent, nous écartions graduellement nos sièges au point qu’ils arrivaient à toucher le mur dans les coins opposés, sur quoi, en général, il n’y avait pas assez de place.

Combien de chaises avez-vous dans votre bureau ?

A quelle distance parlez-vous à vos interlocuteurs ?

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Le management à la japonaise vu par Murakami

12 Octobre 2015 , Rédigé par Aviad Goz & Gérard Rodach

Le management à la japonaise vu par Murakami

Nous avons parlé la semaine dernière du management à la sicilienne basé sur la peur. Voici un extrait du dernier livre d’aruki Murakami (L’incolore Tsuruku Tazaki, 10/18, 2015), un grand connaisseur de la société japonaise.

Au fil de l’histoire, le héros du livre va retrouver sa bande d’amis du lycée.

Un de ses amis d’alors parle d’un de leurs amis communs :

Il a créé une société qui propose des formations en management intitulées « créatives-business-séminars ». Ce sont des séances, plus ou moins improvisées, de léger lavage de cerveau, destinés à former de bons soldats des entreprises. À la place des textes sacrés, on utilise des manuels, à la place de la révélation ou du paradis, on vous promet la réussite ou de gros salaires annuels. C’est la nouvelle religion d’une époque pragmatique. Mais cette religion est dépourvue de transcendance, et tout y est chiffré correctement. C’est parfaitement clean, et facile à comprendre. Toutes les théories et les valeurs qui sont prônées là-dedans n’ont que cette objectif.

Plus tard, l’intéressé (le fondateur de l’entreprise) lui explique :

Une chose que m’a enseignée mes premières expériences de salarié : la plupart des hommes n’éprouvent aucune répugnance à recevoir des ordres des autres et à y obéir. Et même, ils sont plutôt contents d’être commandés. Bien sûr, ils rouspètent, mais ce n’est pas sérieux. Ils grognent juste par habitude. cela les plonge dans la confusion de penser avec leur propre tête, de prendre des responsabilités, des décisions.

Pour bâtir mon programme, je suis parti de mes expériences. J’y ai ajouté des techniques issues du développement personnel, de programmes en vogue aux USA et je me suis servi des manuels destinés aux nouvelles recrues de la SS ou chez les marines.

Notre objectif n’est pas de créer des espèces de zombies. Notre programme doit être scientifique, pragmatique et sophistiqué. C’est dans l’intérêt de l’entreprise que nous formions des travailleurs qui croient penser par eux-mêmes. Bien sûr, il y a pas mal de réfractaires à notre programme. Ceux-là se divisent en deux catégories. La première est composée d’individus antisociaux. Ces types-là refusent systématiquement d’être entraînés dans une démarche positive ou bien de s’adapter aux règles d’un groupe. Avec eux, on perd son temps. Dans l’autre catégorie, on trouve ceux qui, véritablement, sont capables de penser avec leur tête. Eux, on les laisse tels quels. Mieux vaut rester modeste et ne pas insister. Dans le meilleur des cas, ils occuperont plus tard une position dirigeante. Le reste, la grande majorité (85 %), acceptent les ordres venus d’en haut.

Qu’en est-il dans votre organisation ?

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le management à la sicilienne

2 Octobre 2015 , Rédigé par Aviad Goz & Gérard Rodach

le management à la sicilienne

Depuis la Sicile, la mafia existe en tant qu’organisation depuis plus de 150 ans. Elle a connu des heures de gloire et de graves revers, mais a toujours su rebondir. Peu de grandes multinationales existent depuis aussi longtemps. Quelles leçons de management* en tirer ?

  1. Avoir deux oreilles et une seule bouche : Don Vito écoute toujours avant de décider, et parle très peu… et le plus souvent, c'est uniquement pour demander des précisions. De plus il n'interrompt la personne qui parle, et au contraire il la laisse parler.
  2. Accepter d'écouter les bonnes comme les mauvaises nouvelles: les mauvaises nouvelles ne s'améliorent pas avec l'âge… Il ne faut pas cacher la vérité au Don…
  3. Prendre des décisions : Son rôle est d'écouter, penser et décider. Il délègue quasiment toutes les tâches une fois qu'il est devenu le parrain mais c'est lui qui décide de tout, et personne ne bouge le petit doigt sans son accord.
  4. Prendre des décisions réfléchies, sans y ajouter l'émotion: plutôt que de décider sous le coup de la colère, à chaque fois il réfléchit, mesure les conséquences de ses actes puis il prend sa décision.
  5. Savoir gérer les hommes et les projets : durant ses réunions avec ses "conseillers", Don Vito Corleone, prend des notes, demande des précisions si nécessaire, et assigne des missions précises avec des buts à atteindre pour chacun de ses hommes. Tout est préparé et planifié méticuleusement et clairement.
  6. Être méticuleux (voire paranoïaque) permet de rester le N°1: il fait très attention aux détails pour ne rien oublier.
    Mesurer les conséquences de ses actes : Don Vito Corleone réfléchit aux conséquences de ses actes, avec tout ce que cela comporte pour lui, pour sa famille, sa "petite entreprise" et ses proches.
  7. Ne jamais faire rien pour rien: lorsque le Parrain accorde une faveur, tous savent qu'ils lui devront quelque chose en retour qu'ils ne pourront refuser.
  8. Tenir parole: Le Don n'était pas un saint, mais il n'avait qu'une parole. Tous savaient qu'une fois qu'il s'était engagé à faire quelque chose il le ferait.
  9. Adapter les sanctions selon les personnes : pour motiver et se faire obéir de son entourage, Don Corleone utilise différentes sanctions selon ses interlocuteurs : la peur,le respect, la force…
  10. Bien entendu l'outil de management préféré reste sans conteste la peur qu'il inspire. Mais ce n'est pas une leçon de management à retenir, car le monde de l'entreprise n'est pas une mafia !

* Petite étude (non exhaustive) tirée du film Le Parrain (et adaptée d’un texte de Brian Halligan publié sur son Blog www.smallbuzinesshub.com (merci au site http://conseilsenmarketing.blogspot.fr/)

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