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Technologie et magie selon U. Eco

25 Mars 2016 , Rédigé par Aviad Goz & Gérard Rodach

Technologie et magie selon U. Eco

« La disparition d’Umberto Eco fait baisser à elle toute seule la moyenne du QI planétaire ». C’est ce qu’affirme Martin Lessard spécialiste canadien de l’Internet et des réseaux sociaux dans le texte qui suit et qu’il nous a confié.

Dans un discours prononcé à Rome en 2002, Umberto Eco développait une critique acerbe des médias dans leurs relations à la science et à la technologie : « La technologie est ce qui donne tout, tout de suite, alors que la science procède lentement ».

Cette différence fondamentale lui fait dire que la technologie, pour le commun des mortels, a à voir avec la magie. Qu’est-ce que la magie ? Pour Umberto Eco, c’est « la présomption de pouvoir passer directement d’une cause à un effet par un court-circuit, sans effectuer les passages intermédiaires. La magie ignore la longue chaîne des causes et des effets et, surtout, ne se soucie pas d’établir, par de multiples contrôles, s’il y a un rapport entre cause et effet ».

Pour Umberto Eco, « la technologie fait tout pour qu’on perde de vue l’enchaînement des causes et des effets » et ainsi, « l’utilisateur vit la technologie de l’ordinateur comme magie ». La technologie cache à nos yeux ces passages intermédiaires qui relient la cause à l’effet.

La technologie nous cache bien les liens entre causes et effets. Pas étonnant qu’on se mette à nier ensuite le réchauffement climatique ou à ne plus voir les conséquences des coupures – au nom de l’austérité – dans l’éducation de la génération de demain.

Et ensuite, on se fait croire que la technologie va nous régler tout ça.

Les médias, coincés entre l’audimat et le besoin de faire vite, participent à la dispersion de cette fausse croyance. Ils ont besoin d’un processus simple à expliquer : « le court-circuit toujours triomphant entre la cause présumée et l’effet espéré » sera toujours plus fort, plus vendeur, plus sexy.

Cette tendance est trop forte pour être renversée. Les contenus en ligne, aussi, sont condamnés à dériver dans ce sens. Pour être lus et pour circuler, ces contenus devront comporter des promesses magiques.

Umberto Eco n’a jamais caché son inquiétude devant une société qui propose à tous un accès universel à l’information

Ainsi « La télévision fait du bien aux pauvres et fait du mal aux riches » dit Umberto Eco. « Aux pauvres, elle a appris à parler italien ; elle fait du bien aux petites vieilles toutes seules à la maison. Mais elle fait du tort aux riches parce qu’elle les empêche de sortir voir d’autres choses plus belles au cinéma ; elle leur restreint les idées. »

L’ordinateur en général, et internet en particulier, font du bien aux riches et du tort aux pauvres. « À moi, Wikipédia apporte quelque chose, je trouve les informations dont j’ai besoin. Mais cela est dû au fait que je n’ai pas une confiance aveugle en lui […] » Quand on est cultivé, on est en mesure de croiser et de vérifier les sources. « Le pauvre en revanche gobe la première affirmation qui passe, et point final ».

Pour Eco, Internet est dangereux pour ceux qui n’ont pas le code. La télévision en comparaison semble bien meilleure. Mais à voir comment évolue Internet, on se demande si ce n’est pas déjà une énorme place de divertissement.

Pour Umberto Eco, « Internet est le scandale d’une mémoire sans filtrage, où on ne distingue pas l’erreur de la vérité ». À l’avenir, disait-il, l’éducation aura pour but d’apprendre l’art du filtrage.

Cet article a été précédemment publié dans le blog Zéro seconde de Martin Lessard

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L'ordinateur bat l'homme parce que celui-ci le veut bien

18 Mars 2016 , Rédigé par Aviad Goz & Gérard Rodach

L'ordinateur bat l'homme parce que celui-ci le veut bien

Début mars, l’ordinateur Alpha Go a battu définitivement le meilleur joueur du monde go trois fois de suite (sur un challenge prévu en cinq rounds).

L’ordinateur a-t-il définitivement dépassé l’homme, ou ce dernier s’est-il laissé à la facilité ?

Selon un article de l’Express, l'architecture d'AlphaGo s'élabore autour de trois technologies entremêlées qui lui permettent "d'apprendre à apprendre" :

  1. Un algorithme, tout d’abord, qui pourrait être qualifié de "tout bête" s'il se contentait d'apprendre tous les coups et de calculer le meilleur. Au lieu de ça, il réduit au maximum la complexité d'un jeu pour simuler seulement les meilleurs coups.

Et vous, lorsque vous avez un problème à résoudre, vous concentrez-vous sur quelques solutions ?

2.Le Deep Learning ou l’apprentissage profond. C’est une technologie qui imite le cerveau humain en simulant un réseau de neurones artificiels, numériques. En simplifiant, cela veut analyser le détail le besoin et tirer parti de son expérience.

Et vous, prenez-vous toujours le temps de prendre du recul avant d’agir ?

3. L'apprentissage par renforcement. "Cette technique permet d'estimer -à l'avance- si un coup est bon ou mauvais alors que la réponse certaine et définitive ne sera connue que 5, 10 ou 15 coups plus tard. Cette information est stockée dans un réseau de neurones profond, ce qui permet de bénéficier de sa capacité de généralisation.

Et vous, faites-vous un retour sur vos expériences pour en tirer parti, pour « grandir » ?

Super fort Alpha Go ? Il utilise 10 couches de neurones, alors que le cortex humain dispose d'environ 160 cartes ! Oui, mais lui, il en tire pleinement parti.

Et vous ?

Source : http://www.lexpress.fr/actualite/sciences/la-victoire-d-un-ordinateur-sur-un-joueur-de-go-n-est-pas-si-revolutionnaire_1771648.html

Pour aller plus loin : http://www.r2d3.us/visual-intro-to-machine-learning-part-1/

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Digitalisation de la formation : Des machines et de hommes

12 Mars 2016 , Rédigé par Aviad Goz & Gérard Rodach

Digitalisation de la formation : Des machines et de hommes

Le paradoxe : la digitalisation de la formation est présentée comme un moyen de permettre aux adultes d’être volontaire pour se former « ATAWAD » (Any time, anywhere, any device). Grâce aux outils magiques, tout adulte pourra se former à sa manière et c’est vrai que les nouveaux outils sont attrayants.

Mais (car il y a un mais), tout nouvel outil suppose une prise en main, une adaptation, voire un changement complet de comportement.

Prenons un exemple : la recette de cuisine présentée à la télévision est simple lorsque c’est un professionnel (qui s’est entraîné) qui vous l’exécute sous vos yeux. De retour à vos fourneaux, cela vous semble plus complexe, plus long (et au pire infaisable) à réaliser.

Ce que veulent nous faire croire les magiciens des plates-formes LMS (et autres outils magiques), c’est que la prise en main est simple et que, grâce à leurs conseils techniques, tout un chacun sera capable de concocter une formation digitale ou la suivre.

Je reconnais que les outils présentés sont ergonomiques. Mais nous ne sommes pas des « cuisiniers » expérimentés, ni entraînés à les utiliser.

Alors suffit-il de prendre en main ces outils pour savoir en tirer parti ? Si cela est possible pour certains, je crains que pour la majorité, il faudra un temps d’adaptation, avec le risque de reproduire de vieux schémas sur de nouvelles feuilles. Parce qu’au-delà de la prise en main de l’outil, il faut tenir compte que « l’élève » n’est plus le même et qu’il faut réfléchir avant comment lui présenter le message.

Prendre en main l’outil, revoir son message : cela suffit-il ? Pas forcément, parce que celui qui organise ou délivre le message doit aussi se remettre en cause dans sa façon de concevoir le parcours du message.

Et si nous commencions par l’homme ? C’est-à-dire à réapprendre l’ingénierie de formation (conception globale du parcours de formation) afin de permettre de savoir choisir et de tirer parti au mieux des outils d’ingénierie pédagogique qui nous sont proposées ?

Mon discours est un peu iconoclaste parce qu’il suppose de rallonger (un peu) la facture de la mise en place de ces outils (quand le premier souci des entreprises est de la réduire).

Et pourtant, l’exemple, il y a une dizaine d’années, de e-learning 1ère génération à tout va, est là pour nous le rappeler : les machines ont coûté beaucoup d’argent pour un piètre résultat.

La prévention vaut toujours mieux que la guérison. Je suis spécialisé dans la formation à l’ingénierie de formation et j’ai vérifié cela : cela prend moins de temps de former quelqu’un à choisir et utiliser les bons outils que de changer les réflexes d’un formateur qui a mal commencé son usage des outils.

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