Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Quand j'étais superman...

29 Avril 2016 , Rédigé par Aviad Goz & Gérard Rodach

Quand j'étais superman...

Ancien grand sportif de haut niveau (rugby), Raphaël Poulain a raconté dans un livre (éditions Robert Laffont, 2011) sa montée vers la gloire et la chute brutale.

Ce livre est un témoignage puissant pour ceux qui rêvent des lumières de la scène.

Dans ce bref extrait, il parle ici à un jeune dont il est l’idole.

« Le rugby, c‘est pas ce que tu crois. Sois fort, sois grand, sois technique, tactique, physique et tu seras riche et connu… Tu crois que c’est ça la réalité d’un groupe ? il est où l’humain ? il est où le plaisir de jouer avec tes postes ? On fait de toi une machine avant l’âge en te faisant croire qu’il faut toujours être le plus fort ! Tu vas courir après toi-même, après l’argent et tu te rendras compte un peu tard que toutes tes illusions ne sont que du vent.

Tu seras nostalgique, à même pas 30 balais. Et tu seras seul. Voilà ce que m’a appris le rugby. Seul malgré tes postes, ta nana, ta famille. J’étais inconscient de l’implication totale que nécessite une carrière. C’est un boulot, un vrai. Dur et éprouvant, mentalement autant que physiquement. Moi je voulais prouver, maîtriser, assurer à tout le monde que j’étais toujours au top du top. Ce n’était pas humain. Alors j’assume, maintenant, mais à quel prix ? J’en ai voulu à la terre entière, mais c’est moi le responsable.

C’est ça être responsable : accepter ses faiblesses. Je n’étais pas fait pour ce sport. Une chose est sûre, plutôt que de rêver à être le plus riche et le plus connu, saches que tu n’es rien sans les autres.

Un dernier truc : rêve pas trop ta vie ou tu risques de passer à côté d’elle. A te prendre pour ce que tu ne seras jamais. Les héros n’existent pas, malgré ce que tu vois sur les affiches. »

Un peu plutôt, il repensait au président de son club.

« Je le revois tel un empereur romain dans sa corbeille présidentielle. Je l’imagine admirant son oeuvre, ses gladiateurs, ses dieux du stade et tout son peuple autour de lui scandant le nom du club. il lève le pouce. Il prend la température de la foule et quand il baisse le pouce…A mort ! A mort, Untel ! A mort, Poulain !

Tous ces types partis dans l’ignorance totale. A l’image d’un employé commercial qui a fait tourner la boite à sa manière et que l’on remercie d’une petite claque sur le derrière. Ce n’est pas le problème de l’oseille, mais celui de la reconnaissance. Elle est où ? une proposition de reconversion ? un repas d’adieu ? Rien n’est organisé, la page est tournée.

Trop occupés par leur système d’entreprise à faire tourner, ils préparent la saison d’après sans se soucier du passé. Il faut rester dans la lumière médiatique, recruter… Pas le temps de penser à l’humain, il faut renouveler le bétail pour faire venir le peuple. »

Bien sûr, cela se passe dans le sport à haut niveau. Ce n’est pas dans les entreprises que les cadres et leurs patrons réagissent comme cela.

Quoique… Qu’en pensez-vous ?

Lire la suite

Qui a la plus belle vie professionnelle ?

22 Avril 2016 , Rédigé par Aviad Goz & Gérard Rodach

Qui a la plus belle vie professionnelle ?

Dans son discours d’intronisation à l’Académie Française, Marc Lambron a parlé (entre autres) du plus « beau métier ».

Arrêtons-nous aussi un instant pour saluer celle du chef de la France libre. François Coulet, qui fut chef de cabinet du général de Gaulle à Londres, puis premier commissaire de la République de la France libérée, a raconté ceci. C'est un jour du printemps 1942, et l'homme du 18 Juin est morose. Après le déjeuner où le Général a très peu parlé, soudain, sur le trottoir de gauche de Saint James, avant d'arriver aux bureaux de Carlton Gardens, il lâche : «Voyez-vous, Coulet, le plus beau métier, c'est d'être bibliothécaire.» Un peu étonné, François Coulet lui confie que son père, grand universitaire, s'était vu offrir la direction de la très belle bibliothèque du palais Bourbon. « Oh non ! répond le Général, pas une grande bibliothèque comme ça, non, un poste de petit bibliothécaire dans une petite ville en Bretagne. Ah ! quelle belle vie, on est là, on lit tout ce qu'on veut avec une grande tranquillité et puis à soixante ans, brusquement, on est pris de frénésie et on pond une plaquette de quatre-vingts pages : “ Madame de Sévigné est-elle passée par Pontivy? ” Et alors là on embête tout le monde, on se dispute avec le chanoine qui prétend que non, eh bien, croyez-moi, Coulet, c'est la plus belle vie.»

J'aurai bientôt l'âge de me disputer avec le chanoine. Toutefois le général de Gaulle, qui aurait mérité autant que Churchill le prix Nobel de littérature, savait, pour reprendre une formule de son ministre André Malraux, que toute bibliothèque « est l'héritage de la noblesse du monde». Quand la vie chancelle, le secret des hommes s'inscrit dans les livres. La vraie noblesse, elle est dans l'interrogation et le voyage.

Cela nous interroge sur notre capacité à sortir de l’agitation permanente, à prendre du recul et à s’interroger. Le faisons-nous suffisamment ?

Citation extraite du Figaro

Lire la suite

Qui êtes-vous derrière votre masque ?

15 Avril 2016 , Rédigé par Aviad Goz & Gérard Rodach

Qui êtes-vous derrière votre masque ?

J’ai écouté sur France Inter, dans le cadre de l’émission « l’œil du tigre » une émission autour de l’escrime.

La journaliste et les escrimeuses abordaient le sujet du masque en escrime. Fait pour se protéger le visage, le masque révèle d’autres dimensions.

Autrefois, le masque était noir et on distinguait un peu le visage de son adversaire, ce qui n’est plus le cas maintenant.

Pour les habitués de l’escrime, le masque est clairement un objet personnel. On s’attache à son masque, son odeur, on est confortablement installé dedans. Il est rassurant, c’est un cocon et on a du mal à en changer.

Derrière le masque, nous disent les escrimeuses, on est qqn d’autre, derrière, « je suis ce que je veux ».

L’escrime fait l’objet d’initiation en entreprise. Dans ce contexte, les gens se transforment, osent et se revêlent. Certains, perçus comme calmes et réservés, se révèlent de fiers et hardis combattants.

Alors, qui êtes-vous derrière un masque ?

Il n’est pas besoin de se limiter au masque d’escrime. En latin, une ou un « persona », du verbe latin « personare » (per-sonare : « parler à travers »), est une personne fictive stéréotypée. Le mot latin (qui est féminin) était utilisé en son origine pour désigner le masque que portaient les acteurs de théâtre romains.

En tant que personne, nous portons un masque. Lorsque nous sommes derrière un masque réel, nous devenons une autre personne : est-ce notre vraie nature ? Ce que nous souhaiterions ? Notre opposé ?

Pour réécouter l’émission : http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=1255761

Lire la suite

"Ortografe" ou globish ?

8 Avril 2016 , Rédigé par Aviad Goz & Gérard Rodach

"Ortografe" ou globish ?

Dans une chronique diffusée le 20 mars sur France Inter, Michel Serres a commenté, ou plus exactement disserté autour de la réforme de l’orthographe, une reforme arrêtée en 1990 et que le gouvernement vient enfin de décider de mettre en œuvre à l’école(comme quoi, il ne faut jamais perdre d’espoir pour les réformes passées ou actuelles).

Ses observations sont intéressantes pour analyser certaines grandes questions actuelles.

Première observation : il y a des langues phonétiques et des langues étymologiques.

Les langues phonétiques sont des langues qui s’écrivent comme elles se parlent. Exemples : l’allemand ou le roumain. Elles sont proches de lavoix. Quand on sait écrire une langue phonétique, on sait la parler et réciproquement.

Les langues étymologiques sont des langues où les mots s’écrivent sur une base historique. L’anglais et le français en sont de bons exemples. Quand on sait le parler, on ne sait pas forcément le parler.

Un exemple : pourquoi doit-on des (z)hommes et des haricots (sans faire de liaison) ? Tout simplement parce que « homme » vient du latin (où on fait la liaison) et haricots de l’allemand.

Nous avons choisi l’histoire plutôt que la voix. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliquer ? Heureusement que nous sommes bons en histoire (et en étymologie).

Deuxième observation : si on veut vraiment simplifier l’orthographe, il faut la rendre phonétique et là commence les difficultés (usages et habitudes).

Si « pharmacie » s’écrivait « farmacie » (en usage en italien, par exemple), accepteriez d’écrire « fame » plutôt que femme ? Et que deviendrait « femelle » et tous les mots dérivés ?

Troisième observation : pour Michel Serres, il s’agit d’un débat entre le Ministère de l’Éducation et l’Académie Française. Pour l’académicien qu’est Michel Serres, l’Académie fait un dictionnaire d’usage et c’est l’usage, pas le Ministère ou l’Académie qui font la loi.

Donc, ce n’est pas un débat grand public qui lui s’en moque.

Quatrième observation : le vrai péril est le globish.

Quand les paysans parlaient patois, l’élite parlait français. Quand les premiers ont parlé français, l’élite a parlé latin, anglais et aujourd’hui globish. La classe dominante ne veut pas parler le langage du peuple.

Qui décide du globish ? Les publicitaires, les journalistes et les financiers qui favorisent des noms anglais pour faire international.

Les « Relais H » sont devenus « Relay » et le matraquage Disney a fait qu’Aladin s’écrit Aladdin (pour éviter des frais d’édition).

Alors, pour Michel Serres, le français est devenu langue à l’usage des pauvres. Donc, le débat sur l’orthographe est un faux débat.

Résumons : le passé plutôt que le futur, une réforme à moitié, un combat entre intellectuels et le véritable danger qui avance masqué… Quand je vous disais que cela rappelle d’autres débats.

Lire la suite

Remplacer les chiffres par l'UX ?

1 Avril 2016 , Rédigé par Aviad Goz & Gérard Rodach

Remplacer les chiffres par l'UX ?

Dans les entreprises (et pas seulement là), les chiffres sont roi. Depuis deux siècles, les chiffres ont tout envahi. Depuis la mesure du PIB jusqu’aux budgets, en passant par les sondages, tout se mesure et s’apprécie en chiffres. C’est rassurant… jusqu’à un certain point.

Dans notre économie en voie de digitalisation, le chiffre a perdu de sa magie. Andrew McAfee, professeur à Harvard (USA) a ainsi souligné le paradoxe de Wikipédia : si l’encyclopédie en ligne compte 38 millions d’entrée en 250 langues et est consultée par un demi-milliard de visiteurs, elle ne pèse que 300 personnes et un budget de 50 millions de dollars par an.

Nous pourrions compléter l’exercice avec Linkedin ou Airbnb. Il y a donc beaucoup de choses que nous ne mesurons pas ou mal, par exemple les gains de productivité liés au numérique.

Dans un article des Echos, JM Vittori souligne les quatre changements majeurs en cours liés au numérique

  1. L’hyperchoix (Booking.com vous offre un choix d’hôtels impensable il y a dix ans)
  2. La suppression des intermédiaires = lorsque vous choisissez vous-même votre place d’avion, vous remplacez l’agence de voyages
  3. Le travail bénévole (les textes sur Wikipédia ou les avis sur Tripadvisor)
  4. Si le développement d’un service numérique coûte cher, sa diffusion est quasi-gratuite : comment apprécier le coût marginal d’Instagram ?

Nous passons d’un monde de production de masse, de consommation de masse et de mass media à un monde où l’activité se fait sur mesure et où un ensemble cohérent de chiffres deviendra plus difficile. Mais comment mesurer l’UX (User Experiment ou Expérience Utilisateur) ? C’est le nouveau défi.

Lire la suite