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Prêt à parler de votre vulnerabilité ?

27 Mai 2016 , Rédigé par Aviad Goz & Gérard Rodach

En France, l’échec est honteux. Aux USA, c’est un signe de la capacité à savoir rebondir (on non). Le drame est que si nous continuons à dramatiser socialement l’échec, nous avons et allons avoir de plus de raisons de connaître des échecs.

Avez-vous déjà fait des expériences telles que :

  • Demander à votre banquier de vous prêter de l’argent après un échec ?
  • Arriver dans une soirée en parlant ouvertement de vos échecs ?

Depuis quelques années, les Américains organisent des conférences (les « Failcon ») pour en parler ouvertement et en tirer parti. Le mouvement arrive (timidement) en France. Et pourtant, ceux qui osent en parler mettent en avant le fait que cela leur a servi de « déclencheur » et de « déclic introspectif ».

Capucine Graby, journaliste, fondatrice de mymoonspots.com et auteure de “Grandeurs et misères des stars du Net” (éd. Grasset) relate que Bill Gates répétait qu’il préférait embaucher un candidat qui s’était planté plutôt qu’un autre au parcours sans anicroche. Aujourd’hui, la devise des gens, c’est “Fail fast, fail often” (“tombez vite, tombez souvent”). En clair, échouer n’est pas grave, mais plus vite vous comprenez votre échec et plus vos chances de rebond seront grandes. »

Il ne s’agit pas ici de faire l’apologie de l’échec mais d’en tirer deux enseignements (entre autres)

· Le premier est que parler de ses échecs est bien reçu si on parle des apprentissages qu’on en a tirés. Mais si on n’a pas su transformer cette épreuve en forme de réussite, on passe encore pour quelqu’un de suspect, de peu fiable…

· Le deuxième, comme l’illustre la vidéo ci-dessus, est que l’échec (ou la peur de l’échec) est un indice de notre vulnérabilité. Vous pouvez rater parce que vous avez été imprudent, trop ambitieux ou bien trop timoré. Vous pouvez échouer par suite d’imprévus ou par cause d’une erreur d’appréciations. Or cette vulnérabilité est le signe du degré de confiance en soi.

Comment alors développer cette confiance en soi ? La difficulté est qu’en France, culturellement nous n’apprenons pas le droit à l’erreur, que ce soit à l’école ou en entreprise.

Cela bouge progressivement d’une part parce que le monde est plus complexe et plus incertain et que d’autre part réussir sa vie à tout prix n’est plus à la mode. Les gens aspirent à montrer plus leurs émotions : accepter de ne plus camoufler sa vulnérabilité, c’est accepter sa part d’humanité.

Prêt à accepter d’en parler ?

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Pour qui vous prenez-vous ?

20 Mai 2016 , Rédigé par Aviad Goz & Gérard Rodach

Pour qui vous prenez-vous ?

Dans son dernier livre, Serge Koster, critique littéraire et auteur de nombreux livres, s’interroge sur son sentiment d’(in)succès littéraire (en tout cas, pas à la hauteur de ses espérances).

Je vous invite à lire cet extrait en termes de transmission de (notre) savoir. L’écrivain veut transmettre quelque chose. Chacun d’entre nous, nous transmettons à nos enfants, à notre entourage, à nos collègues, à nos collaborateurs, à nos clients ou fournisseurs…

Mais prenons-nous bien en compte notre auditoire ? Ne confondons-nous pas le contenant et le contenu ? La difficulté de faire passer nos idées dans un échange, lors d’une réunion ou par écrit ne vient-elle pas que nous ne prenons pas assez en compte l’autre, en pensant que notre raisonnement est le bon raisonnement ?

« Pour qui vous prenez-vous ? » telle est la question avec laquelle Martin Nadeau lançait en 2004 une enquête auprès d’un certain nombre d’écrivains pour le compte de « La Quinzaine Littéraire ».

[Autrefois, j’aurais dit] je serais un grand écrivain. Aujourd’hui, il me vient à l’esprit quelque chose comme : « pour moi-même ».

J’étais ce garçon qui, aimant lire, s’affirmait candidat à la renommée, ne doutant pas d’écrire bien et que le public rendrait justice à son style. C’était esquiver les données concrètes de l’affaire. Pourquoi écrit-on ? Écrit-on pour soi ou pour autrui ? Vise-t-on à s’accomplir ou à s’établir ? [...] Je me flattais de réunir une armée d’inconnus qui accourraient en nombre pour assouvir le besoin de mon œuvre à venir. On m’attendait. Je m’attendais.

J’ai laissé passer les années […] sans réfléchir à la perception du lecteur, que je me figurais idéal, ni au commerce de la librairie, qui défend ses propres intérêts. Le lecteur se préoccupe médiocrement du style. Il a d’autres critères. Il veut de la narration, de la psychologie, de l’évasion, de la curiosité, quoi d’autre encore !

Revenu de mes erreurs et de mes illusions, je médite sur la contradiction des écrivains qui affectent leur liberté à l’égard des lecteurs tout en réclamant à ces lecteurs leur quota de reconnaissance.

Vous pouvez rester éthique vis-à-vis de vous-même dans le contenu tout en l’adaptant au mode de pensée et attentes de votre interlocuteur. Malheureusement, dans un pays de culture de la joute orale ou écrite, nous apprenons à flatter nos amis (et nous-même) qu’à prendre en compte et convaincre les autres.

Et vous, savez-vous faire la part entre le contenu et le contenant de votre discours ? Je suis sûr que « oui » et que tout un chacun assimile ce que vos lui transmettez.

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Faites-vous preuve de sérendipité ?

13 Mai 2016 , Rédigé par Aviad Goz & Gérard Rodach

Faites-vous preuve de sérendipité ?

Pour une fois, c’est l’inverse ! Nous avons cité récemment Michel Serres et sa crainte que le globish détruise la langue française (http://goo.gl/tJV7sE). Or, un mot adapté du français est plus usité en anglais que dans sa langue d’origine : il s’agit de « sérendipité ».

Au XVIIIe Siècle, Louis de Mailly traduisit et rendit célèbre un conte persan (ou italien écrit à la mode persane, nul ne le sait) : « les aventures des trois princes de Serendip » (nom persan du Sri Lanka).

Dans ce recueil de contes, les trois princes font preuve d’ingéniosité en découvrant des mystères à partir d’indices (comme, plus tard, Sherlock Holmes). Voir un exemple sur http://goo.gl/dVtcvR

Quelques années plus tard, Horace Walpole (1717-1797) utilisa le terme de « serendipity » dans un courrier à un ami, lui expliquant avoir résolu accidentellement une énigme à la manière des trois princes.

« … Cette découverte est presque de l'espèce que j'appelle serendipity, un mot très expressif que je vais m'efforcer, faute d'avoir mieux à vous narrer, de vous expliquer : vous le comprendrez mieux par l'origine que par la définition. J'ai lu autrefois un conte de fées saugrenu, intitulé Les Trois Princes de Serendip : tandis que leurs altesses voyageaient, elles faisaient toute sorte de découvertes, par accident et sagacité, de choses qu'elles ne cherchaient pas du tout »

Le mot sera repris, un siècle plus tard, par des scientifiques pour désigner « quelque chose que l’on trouve en ne le cherchant pas quand dans le même temps on ne trouve pas ce que l’on cherche » (c’est une des définitions et interprétations possibles)

Quel en est l’intérêt ? Sur le plan scientifique, il y a de nombreuses découvertes qui ont été faites de cette manière (La pénicilline ou le post-it en sont de bons exemples).

En développement personnel, la sérendipité désigne « un état d'éveil ou de vigilance qui permet de voir et de remarquer en passant ce dont on a besoin et qu'on ne cherchait pas à ce moment-là, ni à cet endroit-là ». Cela peut être, par exemple, une opportunité de travail, une occasion de réussir différemment, …en bref, c’est la capacité à être ouvert à ce qui nous entoure et à saisir une opportunité inattendue. L’innovation créatrice passe par de la sérendipité, la capacité à rapprocher des éléments issus d’univers différents.

Alors, faites-vous preuve de sérendipité ?

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Réconcilier les transmisions orales et écrites

6 Mai 2016 , Rédigé par Aviad Goz & Gérard Rodach

Réconcilier les transmisions orales et écrites

Les médias parlent beaucoup de bien être au travail. De nombreuses solutions sont proposées et même des concours de qualité de vie au travail existent. Lors d’une de ses conférences, François Flahault, directeur de recherches à l’école des hautes études en sciences sociales (EHESS) a abordé le rapport enseignant / élèves à l’école sous la dimension oral / écrit.

Dans une culture française où l’élite se définit par le livre (succès aux concours livresques), mais où la charge au quotidien, est d’animer des communautés « orales », son discours (un bref extrait) donne un éclairage intéressant à la fois sur les problèmes à l’école, mais aussi, et dans la continuité, dans l’entreprise. Dans un monde où la transmission permanente est nécessaire, cela souligne bien le décalage entre la transmission livresque (ou type MOOC, …) et les échanges au quotidien (« sur le tas »)

L'école est une institution assez curieuse en ce sens que, d’un côté, elle semble entièrement ordonnée à partir de la connaissance livresque et que, de l’autre, c’est manifestement un petit monde oral, une société de face à face, une société d’interconnaissance où les gens ont affaire les uns aux autres.

[…]L’école fonctionne sur deux registres hétérogènes, l’oralité et le texte. Tout ce qui fait la légitimité de l’école tient évidemment au savoir, au texte écrit. Pour devenir professeur, il faut passer le CAPES ou l’agrégation, autrement dit assimiler des connaissances qui passent par les livres. Une fois passé le cap du concours, on se trouve plongé dans une situation d’oralité, parmi des corps vivants et plus ou moins turbulents, ces enfants, ces adolescents, et soi en face d’eux… Et il faut faire avec !

De fait, ces relations orales sont source de bien des difficultés : les élèves ont tendance à parler entre eux au lieu d’écouter le professeur, et, dans la cour de récréation, leurs interactions sont souvent houleuses, voire brutales. Côté négatif de ces relations directes entre corps parlants : le métier d’enseignant est difficile, fatiguant, éprouvant.

Symptôme de l’école française : le degré de souffrance vécu par les élèves et les enseignants. Si on compare le niveau de pénibilité ou de souffrance dans l’école française au niveau constaté dans d’autres pays européens, on constate qu’en France le niveau est plus élevé. Un article du Monde en date du 23 septembre 2010, « L’école qui rend malade, une spécialité française », en témoigne. L’article rend compte d’une enquête faite par l’association de la fondation étudiante pour la ville. Il en ressort que 57% des élèves perçoivent leur enseignant de manière positive et constatent qu’il s’intéresse à eux. Mais également que plus de la moitié des élèves éprouve un pénible sentiment d’échec, un manque de confiance en eux-mêmes, et sentent peser sur eux la crainte de ne pas être à la hauteur. Quant aux enseignants, dont le métier est déjà de toute façon très difficile, il est également nécessaire de réfléchir aux moyens d’en diminuer la pénibilité et le stress. Une amélioration de la vie sociale à l'école devrait réduire le niveau de souffrance. (...) Pour que l’école soit un lieu de socialisation, il est nécessaire qu’elle entretienne des relations avec d’autres espaces sociaux. En effet, toute structure sociale qui se ferme sur elle-même se désocialise. Une vie sociale saine est celle dans laquelle le cercle formé par une institution n’est pas clos sur lui-même, ne constitue pas une bulle, mais se trouve connecté avec d’autres sphères de la vie sociale.

Il faut réunir ses forces, dévoiler ce point aveugle, ce déni. Il est possible d’améliorer les choses ! La preuve, c’est que dans d’autres pays, on y arrive !"

Pour aller plus loin : http://goo.gl/hRhhl6

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